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. . . . . . . . . . . . . . . : anecdotes historiques au gré des lectures : . . . . . . . . . . . . . . .

frise miniature

• repères bibliographiques •


« Les chefs-d’oeuvre de sculpture furent prodigués dans ses jardins. Il en jouissait, et les allait voir souvent. J’ai ouï dire à feu M. le duc d’Antin que, lorsqu’il fut surintendant des bâtiments, il faisait quelquefois mettre ce qu’on appelle des cales entre les statues et les socles, afin que, quand le roi viendrait se promener, il s’aperçut que les statues n’étaient pas droites, et qu’il eût le mérite du coup d’oeil. En effet, le roi ne manquait pas de trouver le défaut. M. d’Antin contestait un peu, et ensuite se rendait, et faisait redresser la statue, en avouant avec une surprise affectée combien le roi se connaissait à tout. Qu’on juge par cela seul combien un roi doit aisément s’en faire accroire.

On sait le trait de courtisan que fit ce même duc d’Antin, lorsque le roi vint coucher à Petitbourg, et qu’ayant trouvé qu’une grande allée de vieux arbres faisait un mauvais effet, M. d’Antin la fit abattre et enlever la même nuit; et le roi, à son réveil, n’ayant plus trouvé son allée, il lui dit: « Sire, comment vouliez-vous qu’elle osât paraître encore devant vous? Elle vous avait déplu. »

Ce fut le même duc d’Antin qui, à Fontainebleau, donna au roi et à Mme la duchesse de Bourgogne un spectacle plus singulier, et un exemple plus frappant du raffinement de la flatterie la plus délicate. Louis XIV avait témoigné qu’il souhaiterait qu’on abattît quelque jour un bois entier qui lui ôtait un peu de vue. M. d’Antin fit scier tous les arbres du bois près de la racine, de façon qu’ils ne tenaient presque plus; des cordes étaient attachées à chaque corps d’arbre, et plus de douze cents hommes étaient dans ce bois prêts au moindre signal. M. d’Antin savait le jour que le roi devait se promener de ce côté avec toute sa cour. Sa Majesté ne manqua pas de dire combien ce morceau de forêt lui déplaisait. « Sire, lui répondit-il, ce bois sera abattu dès que Votre Majesté l’aura ordonné. - Vraiment, dit le roi, s’il ne tient qu’à cela, je l’ordonne, et je voudrais déjà en être défait. - Hé bien, sire, vous allez l’être. » Il donna un coup de sifflet, et on vit tomber la forêt. » Ah! mesdames, s’écria Mme la duchesse de Bourgogne, si le roi avait demandé nos têtes, M. d’Antin les ferait tomber de même. » Bon mot un peu vif, mais qui ne tirait point à conséquence. »

Voltaire [1694-1778], Anecdoctes sur Louis XIV

[p.25] « Ce même inconvénient des chemins priva l'armée de M. de Luxembourg de l'usage des voitures. Elle périssait faute de grains, et cet extrême inconvénient ne put trouver de remède que par l'ordre que le roi donna à sa maison de prendre tous les jours par détachement des sacs de grains en croupe, et de les porter en un village où ils étaient reçus et comptés par des officiers de l'armée de M. de Luxembourg. Quoique la maison du roi n'eût presque aucun repos pendant ce siège pour porter les fascines, fournir les diverses gardes et les autres services journaliers, ce surcroît lui fut donné, parce que la cavalerie servait continuellement aussi, et en était aux feuilles d'arbres presque pour tout fourrage.
Cette considération ne satisfit point la maison du roi, accoutumée à toutes sortes de distinction. Elle se plaignit avec amertume. Le roi se roidit et voulut être obéi. Il fallut donc le faire. Le premier jour, le détachement des gens d'armes et des chevau-légers de la garde, arrivé de grand matin au dépôt des sacs, se mit à murmurer et, s'échauffant de propos les uns les autres, vinrent jusqu'à jeter les sacs et à refuser tout net d'en porter. Crenay, dans la brigade duquel j'étais, m'avait demandé poliment si je voulais bien être du détachement pour les sacs, sinon qu'il me commanderait pour quelque autre; j'acceptai les sacs, parce que je sentis que cela ferait ma cour par tout le bruit qui s'était déjà fait là-dessus. En effet j'arrivai avec le détachement des mousquetaires au moment du refus des troupes rouges, et je chargeai mon sac à leur vue. Marin, brigadier de cavalerie et lieutenant des gardes du corps, qui était là pour faire charger les sacs par ordre, m'aperçut en même temps, et, plein de colère du refus qu'il venait d'essuyer, s'écria, me touchant en me montrant et me nommant: « que puisque je ne trouvais pas ce service au-dessous de moi, les gens d'armes et les chevau-légers ne seraient ni déshonorés ni gâtés de m'imiter. » Ce propos, joint à l'air sévère de Marin, fit un effet si prompt qu'à l'instant ce fut sans un mot de réplique à qui de ces troupes rouges se chargerait le plus tôt de sacs. Et oncques depuis il n'y eut plus là-dessus la plus légère difficulté. Marin vit partir le détachement chargé, et alla aussitôt rendre compte au roi de ce qui s'y était passé et de l'effet de mon exemple. Ce fut un service qui m'attira plusieurs discours obligeants du roi, qui chercha toujours pendant le reste du siège à me dire quelque chose avec bonté toutes les fois qu'il me voyait, ce dont je fus d'autant plus obligé à Marin que je ne le connaissais en façon du monde. »

[p.110] « La pauvreté peu à peu lui [La Vauguyon] tourna la tête, mais on fut très longtemps sans s'en apercevoir. Une des premières marques qu'il en donna fut chez Mme Pelot, veuve du premier président du parlement de Rouen, qui avait tous les soirs un souper et un jeu uniquement pour ses amis en petit nombre. Elle ne voyait que fort bonne compagnie, et La Vauguyon y était presque tous les soirs. Jouant au brelan, elle lui fit un renvi qu'il ne tint pas. Elle l'en plaisanta, et lui dit qu'elle était bien aise de voir qu'il était un poltron. La Vauguyon ne répondit mot, mais, le jeu fini, il laissa sortir la compagnie et quand il se vit seul avec Mme Pelot, il ferma la porte au verrou, enfonça son chapeau dans sa tête, l'accula contre sa cheminée, et lui mettant la tête entre ses deux poings, lui dit qu'il ne savait ce qui le tenait qu'il ne la lui mit en compote, pour lui apprendre à l'appeler poltron. Voilà une femme bien effrayée, qui, entre ses deux poings, lui faisait des révérences perpendiculaires et des compliments tant qu'elle pouvait, et l'autre toujours en furie et en menaces. À la fin il la laissa plus morte que vive et s'en alla. C'était une très bonne et très honnête femme, qui défendit bien à ses gens de la laisser seule avec La Vauguyon, mais qui eut la générosité de lui en garder le secret jusqu'après sa mort, et de le recevoir chez elle à l'ordinaire, où il retourna comme si de rien n'eût été. »

[p.365] « Ces rois du Nord mangent ordinairement avec du monde, et le comte et la comtesse de Roye avaient très souvent l'honneur d'être retenus à leur table avec leur fille, Mlle de Roye. Il arriva à un dîner que la comtesse de Roye, frappée de l'étrange figure de la reine de Danemark, se tourna à sa fille, et lui demanda si elle ne trouvait pas que la reine ressemblait à Mme Panache comme deux gouttes d'eau. Quoiqu'elle l'eût dit en français, il arriva qu'elle n'avait pas parlé assez bas, et que la reine, qui l'entendit, lui demanda ce que c'était que cette Mme Panache. La comtesse de Roye, dans sa surprise, lui répondit que c'était une dame de la cour de France qui était fort aimable. La reine, qui avait vu sa surprise, n'en fit pas semblant, mais, inquiète de la comparaison, elle écrivit à Mayereron, envoyé de Danemark à Paris, et qui y était depuis quelques années, de lui mander ce que c'était que Mme Panache, sa figure, son âge, sa condition, et sur quel pied elle était à la cour de France, et que surtout elle voulait absolument n'être pas trompée et en être informée au juste. Mayereron, à son tour, fut dans un grand étonnement. Il manda à la reine qu'il ne comprenait pas par où le nom de Mme Panache était allé jusqu'à elle, beaucoup moins la sérieuse curiosité qu'elle lui marquait d'être informée d'elle exactement; que Mme Panache était une petite et fort vieille créature avec des lippes et des yeux éraillés à y faire mal à ceux qui la regardaient, une espèce de gueuse, qui s'était introduite à la cour sur le pied d'une manière de folle, qui était tantôt au souper du roi, tantôt au dîner de Monseigneur et de Mme la Dauphine, ou à celui de Monsieur, à Versailles ou à Paris, où chacun se divertissait à la mettre en colère, et qui chantait pouille aux gens à ces dîners-là pour faire rire, mais quelquefois fort sérieusement, et avec des injures qui embarrassaient et qui divertissaient encore plus ces princes et ces princesses, qui lui emplissaient ses poches de viande et de ragoûts, dont la sauce découlait tout du long de ses jupes, et que les uns lui donnaient une pistole ou un écu, et les autres des chiquenaudes et des croquignoles, dont elle entrait en furie, parce qu'avec ses yeux pleins de chassie, elle ne voyait pas au bout de son nez, ni qui l'avait frappée, et que c'était le passe-temps de la cour. À cette réponse, la reine de Danemark se sentit si piquée qu'elle ne put plus souffrir la comtesse de Roye, et qu'elle en demanda justice au roi son mari. Il trouva bien mauvais que des étrangers qu'il avait comblés des premières charges et des premiers honneurs de sa cour, avec de grosses pensions, se moquassent d'eux d'une manière si cruelle. Il se trouva des seigneurs du pays et des ministres jaloux de la fortune et du grand établissement dont le comte de Roye jouissait, tellement que la reine obtint que le roi le remercierait et lui ferait dire de se retirer. »

[p.495] « Encore ce mot pour sa singularité: le duc de Charost, son fils, ne bougeait de chez moi, et était intimement de mes amis; il était aussi un des premiers tenants du petit troupeau, et, comme tel, protégé des ducs de Chevreuse et de Beauvilliers, qui nous avaient liés ensemble, mais qui ne lui parlaient jamais de quoi que ce soit, que des affaires de leur communion. Par même raison Charost était infatué à l'excès de M. de Cambrai, et fort aliéné de M. de la Trappe. Nous badinions et plaisantions fort ordinairement ensemble, et de temps en temps il se licenciait avec moi sur M. de la Trappe. Je l'avertis plusieurs fois de laisser ce chapitre, que tout autre je l'abandonnais à tout ce qu'il voudrait dire, et en badinerais avec lui, mais que celui-là était plus fort que moi, et que je le conjurais d'épargner ma patience et les sorties que je ne pourrais retenir. Malgré ces avis très souvent réitérés, il se mit sur ce chapitre à Marly dans la chambre de Mme de Saint-Simon où nous avions dîné et où il n'était resté que Mmes du Châtelet et de Nogaret avec nous. Je parlai d'abord, je le fis souvenir après de ce que je lui avais tant de fois répété; il poussa toujours sa pointe, et de propos en propos de plaisanterie fort aigre, et où il ne se retenait plus, il me lâcha avec un air de mépris pour M. de la Trappe que c'était mon patriarche devant qui tout autre n'était rien. Ce mot enfin combla la mesure. « Il est vrai, répondis-je d'un air animé, que ce l'est, mais vous et moi avons chacun le nôtre, et la différence qu'il y a entre les deux, c'est que le mien n'a jamais été repris de justice. » Il y avait déjà longtemps que M. de Cambrai avait été condamné à Rome. À ce mot, voilà Charost qui chancelle (nous étions debout), qui veut répondre, et qui balbutie; la gorge s'enfle, les yeux lui sortent de la tête, et la langue de la bouche. Mme de Nogaret s'écrie, Mme du Châtelet saute à sa cravate qu'elle lui défait et le col de sa chemise, Mme de Saint-Simon court à un pot d'eau, lui en jette et tâche de l'asseoir et de lui en faire avaler. Moi, immobile, je considérais le changement si subit qu'opère un excès de colère et un comble d'infatuation, sans toutefois pouvoir être mécontent de ma réponse. Il fut plus de trois ou quatre Paters à se remettre, puis sa première parole fut que ce n'était rien, qu'il était bien, et de remercier les dames. Alors je lui fis excuse, et le fis souvenir que je le lui avais bien dit. Il voulut répondre, les dames interrompirent. On parla de toute autre chose, et Charost se raccoûtra, et s'en alla peu après. Nous n'en fûmes pas un instant moins bien ni moins librement ensemble, et dès la même journée; mais ce que j'y gagnai, c'est qu'il ne se commit jamais plus à quoi que ce soit sur M. de la Trappe. Quand il fut sorti, les dames me grondèrent, et se mirent toutes trois sur moi; je ne fis qu'en rire. Pour elles, elles ne pouvaient revenir de l'étonnement et de l'effroi de ce qu'elles avaient vu, et nous convînmes, pour la chose et pour l'amour de Charost, de n'en parler à personne; et en effet, qui que ce soit ne l'a su. »

[p.524] « Il [Louis XIV] fit arrêter Charnacé en province où, déjà fort mécontent de sa conduite en Anjou où il était retiré chez lui, il l'avait relégué ailleurs, et de là conduire à Montauban, fort accusé de beaucoup de méchantes choses, surtout de fausse monnaie. C'était un garçon d'esprit qui avait été page du roi et officier dans ses gardes du corps, fort du monde, et puis retiré chez lui où il avait souvent fait bien des fredaines, mais il avait toujours trouvé bonté et protection dans le roi. Il en fit une entre autres pleine d'esprit et dont on ne put que rire. Il avait une très longue et parfaitement belle avenue devant sa maison en Anjou, dans laquelle était placée une maison de paysan et son petit jardin qui s'y était apparemment trouvée lorsqu'elle fut plantée, et que jamais Charnacé ni son père n'avaient pu réduire ce paysan à la leur vendre, quelque avantage qu'ils lui en eussent offert, et c'est une opiniâtreté dont quantité de petits propriétaires se piquent, pour faire enrager des gens à la convenance et quelquefois à la nécessité desquels ils sont. Charnacé ne sachant plus qu'y faire avait laissé cela là depuis fort longtemps sans en plus parler. Enfin, fatigué de cette chaumine qui lui bouchait tout l'agrément de son avenue, il imagina un tour de passe-passe. Le paysan qui y demeurait, et à qui elle appartenait, était tailleur de son métier quand il trouvait à l'exercer, et il était chez lui tout seul, sans femme ni enfants. Charnacé l'envoie chercher, lui dit qu'il est mandé à la cour pour un emploi de conséquence, qu'il est pressé de s'y rendre, mais qu'il lui faut une livrée. Ils font marché comptant; mais Charnacé stipule qu'il ne veut point se fier à ses délais, et que, moyennant quelque chose de plus, il ne veut point qu'il sorte de chez lui que sa livrée ne soit faite, et qu'il le couchera, le nourrira et le payera avant de le renvoyer. Le tailleur s'y accorde et se met à travailler. Pendant qu'il y est occupé, Charnacé fait prendre avec la dernière exactitude le plan et les dimensions de sa maison et de son jardin, des pièces de l'intérieur, jusque de la position des ustensiles et du petit meuble, fait démonter la maison et emporter tout ce qui y était, remonte la maison telle qu'elle était au juste dedans et dehors, à quatre portées de mousquet, à côté de son avenue, replace tous les meubles et ustensiles dans la même position en laquelle on les avait trouvés, et rétablit le petit jardin de même, en même temps fait aplanir et nettoyer l'endroit de l'avenue où elle était, en sorte qu'il n'y parut pas. Tout cela fut exécuté encore plus tôt que la livrée faite, et cependant le tailleur doucement gardé à vue de peur de quelque indiscrétion. Enfin la besogne achevée de part et d'autre, Charnacé amuse son homme jusqu'à la nuit bien noire, le paye et le renvoie content. Le voilà qui enfile l'avenue. Bientôt il la trouve longue, après il va aux arbres et n'en trouve plus. Il s'aperçoit qu'il a passé le bout et revient à tâtons chercher les arbres. Il les suit à l'estime, puis croise et ne trouve point sa maison. Il ne comprend point cette aventure. La nuit se passe dans cet exercice, le jour arrive et devient bientôt assez clair pour aviser sa maison. Il ne voit rien, il se frotte les yeux, il cherche d'autres objets pour découvrir si c'est la faute de sa vue. Enfin il croit que le diable s'en mêle, et qu'il a emporté sa maison. À force d'aller, de venir, et de porter sa vue de tous côtés, il aperçoit, à une assez grande distance de l'avenue, une maison qui ressemble à la sienne comme deux gouttes d'eau. Il ne peut croire que cela soit; mais la curiosité le fait aller où elle est, et où il n'a jamais vu de maison. Plus il approche, plus il reconnaît que c'est la sienne. Pour s'assurer mieux de ce qui lui tourne la tête, il présente sa clef, elle ouvre, il entre, il retrouve tout ce qu'il y avait laissé, et précisément dans la même place. Il est prêt à en pâmer, et il demeure convaincu que c'est un tour de sorcier. La journée ne fut pas bien avancée que la risée du château et du village l'instruisit de la vérité du sortilège, et le mit en furie. Il veut plaider; il veut demander justice à l'intendant; et partout on s'en moque. Le roi le sut qui en rit aussi, et Charnacé eut son avenue libre. S'il n'avait jamais fait pis il aurait conservé sa réputation et sa liberté. »

[p.596] « Un trait de lui [Le chevalier de Coislin] le peindra tout d'un coup. Il était embarqué avec ses frères, et je ne sais plus quel quatrième, à un voyage du roi, car il le suivait toujours sans le voir, pour être avec ses frères et ses amis. Le duc de Coislin était d'une politesse outrée, et tellement quelquefois qu'on en était désolé. Il complimentait donc sans fin les gens chez qui il se trouvait logé dans le voyage, et le chevalier de Coislin ne sortait point d'impatience contre lui. Il se trouva une bourgeoise d'esprit, de bon maintien et jolie, chez qui on les marqua. Grandes civilités le soir, et le matin encore davantage. M. d'Orléans, qui n'était pas lors cardinal, pressait son frère de partir, le chevalier tempêtait, le duc de Coislin complimentait toujours. Le chevalier de Coislin qui connaissait son frère, et qui comptait que ce ne serait pas sitôt fait, voulut se dépiquer et se vengea bien. Quand ils eurent fait trois ou quatre lieues, le voilà à parler de la belle hôtesse et de tous les compliments, puis, se prenant à rire, il dit à la carrossée que, malgré toutes les civilités sans fin de son frère, il avait lieu de croire qu'elle n'aurait pas été longtemps fort contente de lui. Voilà le duc de Coislin en inquiétude, qui ne peut imaginer pourquoi, et qui questionne son frère: « Le voulez-vous savoir? lui dit brusquement le chevalier de Coislin; c'est que, poussé à bout de vos compliments, je suis monté dans la chambre où vous avez couché, j'y ai poussé une grosse selle tout au beau milieu sur le plancher, et la belle hôtesse ne doute pas à l'heure qu'il est que ce présent ne lui ait été laissé par vous avec toutes vos belles politesses. » Voilà les deux autres à rire de bon coeur, et le duc de Coislin en furie qui veut prendre le cheval d'un de ses gens et retourner à la couchée déceler le vilain, et se distiller en honte et en excuses. Il pleuvait fort, et ils eurent toutes les peines du monde à l'en empêcher, et bien plus encore à les raccommoder. Ils le contèrent le soir à leurs amis, et ce fut une des bonnes aventures du voyage. À qui les a connus, il n'y a peut-être rien de si plaisant. »

[p.1084] « On ne peut s'empêcher de rapporter une saleté de ce surintendant [le Surintendant Bullion] pour sa singularité étrange. Etant au conseil avec la Reine régente, il vint une odeur de charbon et d'ordures qui infecta le lieu et dont la Reine se plaignit fort. Bullion tira une petite boîte d'ivoire de sa poche et la présenta à la Reine pour la sentir ; la Reine l'ouvrit avec impatience mais en la portant à son nez : « Ah ! Bullion, s'écria-t-elle en la lui rejetant, vous m'empoisonnez. Comment ! c'est de la merde ! ». C'en était en effet : la boîte se renouvelait tous les matins de la plus fraîche, et le Surintendant, qui n'aimait rien tant que cette odeur, avait oublié que ce goût lui était tout à fait particulier. »

Saint-Simon [1675-1755], Mémoires: Tome 1 1691-1701

« On a souvent cité un M. de Pontavice, capitaine de vaisseau, homme de bonne maison de Bretagne, qui vint débuter à 50 ans, avec toute l'élégance des moeurs de Brest ou de Toulon, et toutes les graces d'un courtisan de Neptune, qui n'avait pas un rapport frappant avec celle de Versailles. Cet honnête marin était doré comme un calice et languit longtemps dans l'Oeil-de-Boeuf, couvert chaque jour d'une broderie nouvelle. Il se ruinait en s'ennuyant, quand le Ministre de la Marine lui demanda enfin ce qu'il faisait là: « Je suis venu, dit-il pour casser la croute avec le maitre et je ne m'en retourne pas que ce soit une affaire faite ». Le Roi le sut ; on eut pitié de ce pauvre homme. Il fut appelé une fois et cru avoir gagné une bataille navale. »

Comte Alexandre de Tilly [1764-1816], Mémoires

« 26 pluviôse
Hier, à la séance du matin, on jugeait cinq particuliers.
Les débats s'étant prolongés, Villate, juré au tribunal, a dit à Dumas, Président : « les accusés sont doublement convaincus, car c'est l'heure de mon dîner et en ce moment ils conspirent contre mon ventre. »

Charles-Henri Sanson [1739-1806], Mémoires

« M. d'Orléans a toujours l'esprit un peu page. Un jour qu'il vit un des siens qui dormoit la bouche ouverte, il lui alla faire un pet dedans. Ce page, demi-endormi, cria « B..... je te ch.. dans la gueule. » Monsieur avoit passé outre. Il demande à un valet-de-chambre, nommé Du Fresne : « Qu'est-ce qu'il dit? - II dit, Monseigneur, dit gravement le valet-de-chambre, qu'il ch.. dans la gueule à Votre Altesse Royale. »

« Louis XIII fut marié encore enfant. En s'allant coucher le soir de ses noces, il dit : « Gare je m'en vais bien lui pisser dans le corps ». En effet, on dit qu'il n'y fit que de l'eau toute claire. Je m'en estonne en cette jeunesse-là où l'on est tousjours en estat. On dit que Blainville qui revenoit de l'ambassade d'Angleterre avoit avant cela trouvé une fois le Roy seul au sortir du bain, qui avoit une arrection. « Quoy, Sire, » lui dit-il, (Blainville estoit Me de la Garde Robe), « estes-vous souvent incommodé de cela ? je m'envais vous apprendre une recepte que j'ai vù pratiquer en Angleterre. » Et se mit à luy donner quelques coups de poignet. Sa Majesté continüa, et trouva la recepte fort bonne. J'ay ouy dire qu'il disoit pourtant de ce que vous sçavez : « Fy, Fy, cela sent la morue. »

« Cela me fait souvenir de ce qui arriva à un conseiller au Grand conseil, nommé du Bugnon, en un bal où Monsieur estoit, au quartier Saint-Paul. C'estoit chez une Mme Gaillard. Ce pauvre garçon avoit un peu fait la desbauche, de sorte que tout à coup, il luy prit un desvoyement horrible. Par respect, il n'osa sortir du lieu où il estoit, mais il se glissa dans un petit cabinet dont par hasard il trouva la porte ouverte. A tastons, il rencontra une boiste de pruneaux où il sentit du vuide. Ce fut là qu'il se deschargea de son pacquet. Il estoit encore dans ce cabinet, quand Madame Gaillard y vint. Il se range en un coing, elle y vouloit prendre des pruneaux dans cette boiste ; mais elle y trouva de la marmelade. La voylà à faire du bruit. « Madame », lui dit ce garçon, « je suis un tel. Ne me diffamez point, c'est un accident, je suis malade. » Cette femme en colère le chassa comme un foireux. »

Gédéon Tallemant des Réaux [1619-1692], Historiettes

Louis XIV, comme la plupart des grands travailleurs, était ordonné et méthodique en tout. Il avait des heures fixes pour ses ministres et d'autres pour la réprésentation, des heures pour sa femme et d'autres pour ses maitresses. On savait toujours où il était et ce qu'il faisait. L'heure de Mme de Montespan était dans l'après-midi. Lauzun s'introduisit chez elle avec la complicité d'une femme de chambre, se cacha sous le lit, attendit, écouta, et en eut promptement « le coeur net ». Mme de Montepsan ne l'oublia point dans la conversation, mais ce fut pour le draper, n'en finissant plus d'appuyer sur son mauvais caractère, son peu de sûreté, son arrogance envers Louvois, et le tout avec tant d'esprit, tant de drôlerie, que le roi, entrainé, lui répondait avec presque aussi peu de charité. L'autre, sous son lit « suait à grosses gouttes », de rage et de contrainte. Enfin le roi retourna à ses affaires, et Mme de Montespan aux siennes, qui étaient de s'habiller pour assister à un ballet. Au sortir de sa toilette, elle trouva Lauzun à sa porte : « Il lui présenta la main et lui demande s'il osait se flatter d'avoir eu quelque part à son souvenir auprès du roi. Elle lui répondit qu'elle n'avait eut garde d'y manquer, et lui étala » tous les services qu'elle venait de lui rendre. « M. de Lauzun lui laissa tout dire, ayant soin seulement de la faire marcher à petits pas, puis lui dit, doux et bas, mot pour mot, tout ce qui s'était passé entre eux, sans y manquer une syllabe; et de là, toujours doux et bas, l'appelle par tous les noms les plus infâmes, l'assure qu'il lui coupera le visage, et la conduit, quoi qu'elle put faire, jusque dans le ballet où elle arriva plus morte que vive, se trouvant mal et ayant presque perdu toute connaissance... Le roi et elle crurent que ce ne pouvait être que le diable, qui lui eût rendu un compte si prompt et si fidèle de ce qui s'était passé ».

Il [Lauzun] avait beaucoup d'esprit. On se répétait ses mots, par exemple sa réponse à une femme de ministre, qui lui disait assez sottement, pour faire valoir la peine que se donnait son mari : « Il n'y en a point de plus embarassés que celui qui tient la queue de la poêle, n'est-il pas vrai ? - Pardonnez-moi, madame, ce sont ceu qui sont dedans. » Mais il aimait à faire l'imbécile et à débiter d'un ton niais des choses n'ayant aucun sens; il s'abandonnait à ce goût singulier même devant le roi. Le contraste n'était pas moins grand entre ses prétentions à avoir grand air, son désir d'en imposer, et l'habitude de se composer des accoutrements grotesques, pour voir si quelqu'un oserait rire de M. de Lauzun. On le trouvait chez lui en robe de chambre et grande perruque, son manteau par-dessus sa robe de chambre, un bonnet de nuit sur sa perruque et un chapeau à plumes sur le tout. Ainsi affublé, il se promenait de long en large en dévisageant ses domestiques, et malheur à qui ne gardait pas son sérieux.

Frantz Funck-Brentano [1862-1947], Louis XIV et la Grande Demoiselle

« Louis XV ne se fâchait que si l'on était méchant pour ses bêtes. Il avait un angora blanc, d'une grosseur extraordinaire, très doux et très familier, qui couchait dans le cabinet du Conseil, sur un coussin de damas cramoisi, au milieu de la cheminée. Le Roi, raconte encore Dufort, rentrait toujours à minuit et demi des petits appartements. Il n'était pas minuit et Champcenetz [premier valet de chambre] nous dit : « Vous ne savez pas que je puis faire danser un chat pendant quelques minutes ? » Nous rions, nous parions. Champcenetz tire alors un flacon de sa poche, caresse le chat et fait couler abondamment dans ses quatre pattes de l'eau de mille fleurs. Le chat se rendort et nous comptions avoir gagné. Tout à coup, sentant l'effet de l'esprit de vin, il saute à terre en faisant des pétarades, court sur la table en jurant, cabriolant, faisant des jetés battus. Sur quoi, le Roi arrive comme une bombe : « Messieurs, dit-il, qu'est-ce qui se passe ici ? Champcenetz, qu'a-t-on fait à mon chat ? Je veux le savoir. » L'interpellation était directe, Champcenetz hésite et conte succintement le fait. On sourit du récit pour voir dans les yeux du Roi comment il prendrait la chose; mais son visage se renfrogna : « Messieurs, reprit-il, je vous laisse ici, mais si vous voulez vous amuser, j'entends que ce ne soit pas aux dépens de mon chat. » Cela fut dit si sèchement que personne depuis ne l'a fait danser. »

Pierre Gaxotte [1895-1982], Le siècle de Louis XV

Les personnes qui ont peu approché Napoléon, ou qui ne l'ont vu quelques instants, ne peuvent le juger que très défavorablement. Son premier abord était froid et ses propos insignifiants ou malhonnêtes; il n'avait point ses formes agréables que donnent l'usage du monde ou une éducation soignée. Parlait-il à un ambassadeur : « Vous amusez-vous à Paris ? Avez-vous des nouvelles de votre pays ? ». Voila ses formules ordinaires. Voyait-il un sénateur, un conseiller d'état : « Comment se porte Monsieur le ... ? Il fait chaud aujourd'hui, il fait froid ou humide ». Etait-il dans un cercle de femmes, il demandait le nom à chacune, même souvent à celles qu'ils connaissaient depuis longtemps, et par extraordinaire il faisait quelquefois compliment sur une robe, un diamant etc.
Souvent même il était malhonnête et grossier. Dans une fête de l'Hotel de Ville, il répondit à Madame ***, qui venait de lui dire son nom : « Ah ! bon Dieu ! on m'avait dit que vous étiez jolie... »; à une autre : « C'est un beau temps pour vous que les campagnes de votre mari... »; à des vieillards : « A votre âge, on a plus longtemps à vivre... »; à de jeunes personnes : « Avez-vous des enfants ? ».
En général, Napoléon avait le ton d'un jeune lieutenant mal élevé : et, de premier abord, rien n'annonçait en lui ni de l'esprit, ni le moindre usage du monde. Je l'ai vu dans ses petites soirées, sortir de son cabinet en sifflant, accoster les femmes sans interrompre son chant, et s'en retourner en fredonnant un air italien.
Souvent il convoquait six à huit cent personnes à la cour et n'y paraissait pas. Souvent il invitait dix à quinze personnes à dîner et se levait de table avant qu'on eût mangé de soupe.
On ne peut pas nier cependant que Napoléon n'eût beaucoup d'esprit et beaucoup de piquant dans la conversation, mais ce n'était jamais que dans les discussions qu'il développait ses qualités. Il était même très éloquant quand il était animé ou lorsqu'il voulait faire prévaloir une opinion. Je lui ai entendu tenir plusieurs propos qui feraient la fortune d'un homme d'esprit.

Jean-Antoine Chaptal [1756-1832], Mes souvenirs sur Napoléon

[p.502] [...] Alors [M. de Talleyrand] était marié avec Mme Grant, très jolie femme dont j'avais fait le portrait avant la Révolution ; c'est d'elle qu'on raconte une histoire assez plaisante : M. de Talleyrand, donnant un dîner à M. Denon, qui venait d'accompagner Bonaparte en Egypte, engagea sa femme à lire quelques pages de l'histoire du célèbre voyageur auquel il désirait qu'il pût adresser un mot aimable, et il ajouta qu'elle trouverait le volume sur son bureau ; Mme de Talleyrand obéit, mais elle se trompe, et lit une assez grande partie des aventures de Robinson Crusoé ; à table, la voilà qui prend le plus gracieux et dit à Denon : « Ah! monsieur avec quel plaisir je viens de lire votre voyage ! Qu'il est intéressant, surtout quand vous rencontrez ce pauvre Vendredi ! »

Élisabeth Vigée Le Brun [1755-1842], Souvenirs 1755-1812

[p.588] [...] « Après avoir fait l'impossible pour avoir un entretien avec cette fille chez moi, chez elle, ou ailleurs, et n'y être pas parvenu, je me suis déterminé à l'avoir par surprise, et en usant un peu de violence, s'il le fallait, l'attendant au bas de l'escalier dérobé, lorsqu'elle sortait de chez nous après nous avoir porté notre linge.
M'étant donc caché où elle ne pouvait pas me voir, je suis sauté sur elle quand je l'ai vu à ma portée comme un chat sur la souris. Je l'ai assise sur le troisième degré de l'escalier, lui en imposant assez pour l'empêcher de faire du bruit ; et moitié par la douceur, et moitié par la force je l'ai subjuguée. Mais à la première secousse de l'union, qui cependant ne trouva aucun obstacle, un son fort extraordinaire à l'égard du moment, sortant de l'endroit voisin de celui que j'avais rempli, ralentit ma fureur amoureuse, d'autant plus que j'ai vu la succombante porter la main à son visage pour me cacher la honte qu'elle ressentait à cause de cette indiscrétion.
Après l'avoir rassurée par un éloquant baiser, je veux suivre ; mais voilà un second son plus fort du premier sortant du même endroit. Je le méprise, et vais mon train ; mais voilà le troisième, puis le quatrième, et le cinquième si régulièrement que cela ressemblait à la basse d'un orchestre qui bat la mesure au mouvement d'une pièce de musique. Ce phénomène de l'ouïe, joint à l'embarras, et à la confusion de ma victime, que je voyais désolée, se saisit tout à coup de mon âme. Tout cela représenta soudain à mon esprit une idée si comique que le rire s'étant emparé de ma force et de toutes mes facultés, j'ai du lacher prise. Elle saisit ce moment pour s'échapper. Je suis resté là un bon quart d'heure avant de pouvoir finir de rire. Depuis ce jour-là, elle n'a osé ne plus paraitre devant mes yeux. Aujourd'hui encore, quand je me rappelle ce fait, je me sens forcé de rire, et je rirai au moment de ma mort, si j'aurai le bonheur de m'en ressouvenir. »

[p.624] [...] « Une demi-heure après, M. de Richelieu, à dessein peut-être de me faire dire quelque autres bétise, me demanda laquelle des deux actrices qui chantaient alors me plaisait davantage, et lui ayant dit mon avis, il me répondit que celle à laquelle je donnais la préférence avait des vilaines jambes. Je lui ai répondu que dans l'examen de la beauté d'une femme ce qu'on devait écarter étaient les jambes.
je me suis pour lors décidé à ne plus parler, car madame se retira en dedans pour rire tout à son aise. J'ai d'abord reconnu le fier équivoque, et je fus faché qu'il me fût échappé. »

Giacomo Casanova [1725-1798], Histoire de ma vie Tome I

[p.213] « Le Roi [Louis XVI] éprouva là un jour une aventure très-comique, que je tiens du garçon du château, qui courut à son secours, et dont la vraie place, je crois, ne peut-être que dans ce chapitre [Porte-chaîse d'affaires], absolument étranger à la politique.
Le roi s'assit un jour sur son trône, non pas sur ce trône du haut duquel où il recevait une solenelle ambassade ou tançait un parlement rebelle, mais sur ce trône dont le porte-chaise avait la direction. Dans sa précipitation, il ne s'était point aperçu qu'un énorme angora s'était enroulé dans la concque de faïence pour y goûter en paix l'isolement et la fraîcheur. Pendant un certain temps, tout alla bien du côté de l'animal ; la privation d'air n'avait point interromptu ses ron-ron. Mais à un moment donné, qu'il n'est point facile de désigner mais que l'on devine, le matou se fâcha bel et bien et témoigna son mécontentement par des efforts extraordinaires pour sortir de sa facheuse position. Le roi, aussi effrayé que surpris de cette véritable attaque à main armée, pris aussitôt la fuite, le haut de chausses à la main, et courut se pendre à toutes les sonnettes, tandis que de son côté, le captif, dans un piteux accoutrement, brisait porcelaines et vases, cherchant partout une issue qu'on se hâta de lui offrir.
Cette anecdote, que je garantis, ne pouvait amuser Louis XVI qui n'aimait pas les chats. En cela, comme en bien d'autres choses, il différait de Louis XV qui en avait toujours un sur sa cheminée, où, pour le garantir d'une trop grande fraîcheur, on garnissait le marbre d'un coussin de velours. »

Félix d'Hézecques [1774-1835], Souvenirs d'un page de la cour de Louis XVI

[T.I p.277] « L'Empereur n'eut qu'une seule fois la fantaisie d'essayer de la pipe ; voici à quelle occasion : l'ambassadeur persan (ou peut-être l'ambassadeur turc qui vint à Paris sous le Consulat) avait fait présent à Sa Majesté d'une fort belle pipe à l'orientale. Il lui prit un jour envie d'en faire l'essai, et elle fit préparer tout ce qu'il fallait pour cela. Le feu ayant été appliqué au récipient, il ne s'agissait plus que de la faire se communiquer au tabac, mais à la manière dont Sa Majesté s'y prenait, elle n'en serait jamais venu à bout. Elle se contentait d'ouvrir et de fermer alternativement la bouche, sans aspirer le moins du monde : « Comment, diable ! s'écria-t-elle enfin, cela n'en finit pas. » Je lui fis observer qu'elle s'y prenait mal, et lui montrai comment il fallait faire. Mais l'Empereur en revenait toujours à son espèce de baillement. Ennuyé de ses vains efforts, il finit de me dire d'allumer la pipe. J'obéis et la lui rendit en train. Mais à peine en eut-il aspiré une bouffée, que la fumée qu'il ne sut point chasser de sa bouche, tournoyant autour du palais, lui pénêtra dans le gosier et ressortit par les narines et par les yeux. Dès qu'il put reprendre haleine: « Otez-moi cela! quelle infection! oh! les cochons! le coeur me tourne. » Il se sentit en effet comme incommodé pendant uau moins une heure, et renonça pour toujours à un plaisir « dont l'habitude, disait-il, n'était bonne qu'à désennuyer les fainénants ».

[T.I p.469] « Le matin, l'empereur m'appela et me dit: «Constant, je me décide à danser ce soir chez l'ambassadeur d'Italie; vous porterez dans la journée dix costumes complets dans l'appartement qu'il a fait préparer pour moi.» J'obéis, et le soir je me rendis avec Sa Majesté chez M. de Marescalchi. Je l'habillai de mon mieux en domino noir, et m'appliquai à le rendre tout-à-fait méconnaissable. Tout allait assez bien, malgré bon nombre d'observations de la part de l'empereur sur ce qu'un déguisement a d'absurde, sur la mauvaise tournure que donne un domino, etc. Mais quand il fut question de changer de chaussure, il s'y refusa absolument, malgré tout ce que je pus lui dire à cet égard; aussi fut-il reconnu dès son entrée au bal. Il va droit à un masque, les mains derrière le dos, selon son habitude; il veut nouer une intrigue, et à la première question qu'il fait on lui répond en l'appelant Sire... Alors, désappointé, il se retourne brusquement, et revient à moi: « Vous aviez raison, Constant, on m'a reconnu.... Apportez-moi des brodequins et un autre costume. » Je lui chaussai les brodequins, et le déguisai de nouveau, en lui recommandant bien de tenir ses bras pendans, s'il ne voulait pas être reconnu au premier abord. Sa Majesté me promit de suivre de point en point ce qu'elle appelait mes instructions. Mais à peine entrée avec son nouveau costume, elle est accostée par une dame qui, lui voyant encore les mains croisées derrière le dos, lui dit: « Sire, vous êtes reconnu! » L'empereur laissa aussitôt tomber ses bras; mais il était trop tard, et déjà tout le monde s'éloignait respectueusement pour lui faire place. Il revient encore à son appartement, et prend un troisième costume, me promettant bien de faire attention à ses gestes, à sa démarche, et s'offrant à parier qu'il ne sera pas reconnu. Cette fois, en effet, il entre dans la salle comme dans une caserne, poussant et bousculant tout autour de lui; et malgré cela, on vient encore lui dire à l'oreille: « Votre Majesté est reconnue. » Nouveau désappointement, nouveau changement de costume, nouveaux avis de ma part, nouvelles promesses, même résultat; jusqu'à ce qu'enfin Sa Majesté quitta l'hôtel de l'ambassadeur, persuadée qu'elle ne pouvait se déguiser, et que l'empereur se reconnaissait sous quelque travestissement que ce fût. »

[T.I p.422] Quelque temps après la prise de Dantzig (24 mai 1807) l'empereur, voulant récompenser le maréchal Lefebvre des services récens qu'il lui avait rendus, le fit appeler à six heures du matin. Sa Majesté travaillait avec le major général de l'armée, lorsqu'on vint lui annoncer l'arrivée du maréchal. «Ah ah! dit-il au major général, monsieur le duc ne s'est point fait attendre;» puis se retournant vers l'officier de service: «Vous direz au duc de Dantzig que c'est pour le faire déjeuner avec moi que je l'ai demandé si matin.» L'officier d'ordonnance, croyant que l'empereur se trompait de nom, lui fit observer que la personne qui attendait ses ordres n'était pas le duc de Dantzig, que c'était le maréchal Lefebvre. «Il paraît, Monsieur, que vous me croyez plus capable de faire un conte qu'un duc.» L'officier fut un instant déconcerté par cette réponse, mais l'empereur le rassura par un sourire, et lui dit: «Allez prévenir le duc de mon invitation; dans un quart d'heure nous nous mettrons à table.» L'officier retourna près du maréchal, qui était assez inquiet de ce que l'empereur voulait lui dire. «Monsieur le duc, l'empereur vous engage à déjeuner avec lui, et vous prie d'attendre un quart d'heure.» Le maréchal n'ayant point fait attention au nouveau titre que lui donnait l'officier, lui répondit par un signe de tête, et s'assit sur un pliant au dessus duquel l'épée de l'empereur se trouvait accrochée. Le maréchal la regarda et la toucha avec admiration et respect. Le quart d'heure passé, un autre officier d'ordonnance vint appeler le maréchal pour qu'il se rendît près de l'empereur, qui était déjà à table avec le major général. En l'apercevant, Napoléon le salua de la main: «Bonjour, monsieur le duc; asseyez-vous près de moi.»

Le maréchal, étonné de s'entendre donner cette qualification, crut d'abord que Sa majesté plaisantait; mais voyant qu'il affectait de l'appeler monsieur le duc, il en fut un moment interdit. L'empereur, pour augmenter son embarras, lui dit; «Aimez-vous le chocolat, monsieur le duc?—Mais..... oui, sire.—Eh bien! vous n'en déjeunerez pas, mais je vais vous en donner une livre de la ville même de Dantzig, car, puisque vous l'avez conquise, il est bien juste qu'elle vous rapporte quelque chose.» Là-dessus l'empereur quitta la table, ouvrit une petite cassette, y prit un paquet ayant la forme d'un carré long, et le donna au maréchal Lefebvre en lui disant: «Duc de Dantzig, acceptez ce chocolat; les petits cadeaux entretiennent l'amitié.» Le maréchal remercia Sa Majesté, mit le chocolat dans sa poche, et se rassit à table avec l'empereur et le maréchal Berthier. Un pâté représentant la ville de Dantzig était au milieu de la table, et quand il fut question de l'entamer, l'empereur dit au nouveau duc: «On ne pouvait donner à ce pâté une forme qui me plût davantage. Attaquez, monsieur le duc, voilà votre conquête, c'est à vous d'en faire les honneurs.» Le duc obéit, et les trois convives mangèrent du pâté, qu'ils parurent trouver fort à leur goût.

De retour chez lui, le maréchal duc de Dantzig, soupçonnant une surprise dans le petit paquet que lui avait donné l'empereur, s'empressa de l'ouvrir et y trouva cent mille écus en billets de banque. Depuis ce magnifique cadeau, l'usage s'établit dans l'armée d'appeler de l'argent, soit en espèces, soit en billets, du chocolat de Dantzig; et quand les soldats voulaient se faire régaler par quelque camarade un peu bien en fonds: «Allons, viens donc, lui disaient-ils; n'as-tu pas du chocolat de Dantzig dans ton sac?»

[T.II p.9] « Le soir de ce même jour, je couchai l'empereur comme à l'ordinaire. Toutes les portes qui donnaient dans sa chambre à coucher étaient soigneusement fermées, ainsi que les volets et les croisées. On ne pouvait donc entrer chez Sa Majesté que par le salon où je couchais avec Roustan. Un factionnaire était placé au bas de l'escalier. Toutes les nuits je m'endormais fort tranquille, sûr qu'il était impossible qu'on arrivât jusqu'à Napoléon sans me réveiller. Cette nuit-là, vers deux heures du matin, comme j'étais le plus profondément endormi, un bruit étrange me réveilla en sursaut. Je me frottai les yeux, j'écoutai avec la plus grande attention, et n'entendant absolument rien, je pris ce bruit pour l'effet d'un rêve, et je me disposais à me rendormir, quand mon oreille fut frappée de cris sourds et plaintifs, semblables à ceux que pourrait pousser un homme que l'on étrangle. À deux reprises je les entendis. J'étais sur mon séant, immobile, les cheveux dressés, et les membres inondés d'une sueur froide. Tout à coup je crois qu'on assassine l'empereur, je me jette à bas de mon lit, j'éveille Roustan..... Les cris recommencent avec une force effrayante. Alors, j'ouvre la porte avec toutes les précautions que mon trouble me permettait de prendre, et j'entre dans la chambre à coucher. J'y jette à la hâte un coup d'œil, et j'acquiers la preuve que personne n'était entré. En avançant vers le lit, j'aperçois Sa Majesté étendue en travers, dans une posture convulsive, ses draps et sa couverture jetés loin d'elle, et toute sa personne dans un état effrayant de crispation nerveuse. Sa bouche ouverte laissait échapper des sons inarticulés, sa poitrine paraissait fortement oppressée, et elle avait une de ses mains appuyée, toute fermée, sur le creux de l'estomac. J'eus peur en la regardant. Je l'appelle, elle ne répond pas; je l'appelle encore une fois, deux fois... même, silence. Enfin, je pris le parti de la pousser doucement. À cette secousse, l'empereur s'éveilla en poussant un grand cri, et en disant: «Qu'est-ce? qu'est-ce?» Puis il se mit sur son séant, en ouvrant de grands yeux. Je me dépêchai de lui dire que, le voyant tourmenté par un cauchemar horrible, je m'étais permis de le réveiller. «Et vous avez bien fait, mon cher Constant, interrompit Sa Majesté. Ah! mon ami, quel rêve affreux! un ours m'ouvrait la poitrine et me dévorait le cœur!» Là-dessus l'empereur se leva, et, pendant que je raccommodais son lit, il se promena dans la chambre. Il fut obligé de changer de chemise, car la sienne était toute trempée de sueur. Enfin il se recoucha. »

Louis Constant Wairy [1778-1845], Mémoires intimes de Napoléon Ier par Constant son valet de chambre

[p.5 avant-propos] « Communicatif, le vieux militaire [le capitaine Coignet] n'hésitait pas à engager la conversation avec les consommateurs. A qui lui disait : « Il fait chaud », Coignet ne manquait pas de répondre aussitôt : « Pas aussi chaud qu'à Austerlitz mon brave ; c'est là que ça chauffait, nom d'un tonnerre, en 1805 ! », et, sans une minute de répit, le capitaine poursuivait son récit, ne manquant jamais d'ajouter : « Tout ça, voyez-vous, c'est conté là-dedans, dans mes deux volumes que j'ai imprimés de ma poche, mon bon "ami" ; vous pouvez bien, sacrebleu ! vous les offrir pour un gros écu, afin d'obliger un vieux soldat de la 96e demi-brigade ! »

Capitaine Coignet [1776-1865], Cahiers.

[p.53] « Voltaire, absent de Paris depuis vingt-sept ans, y fit, au commencement de l'année 1778, un retour triomphal. Mercier conte que le châtelain de Ferney fut écœuré de l'abus des calembours. Dans les salons où se tenaient autrefois de spirituelles conversations, il n'entendait plus que des équivoques, des pointes, des sarcasmes, des allusions, et tout ce qu'on appelait alors « l'artillerie du bel esprit » ; le calembour était roi : « Liguons-nous ensemble, dit Voltaire à Mme du Deffand, ne souffrons pas qu'un tyran si bête usurpe l'empire du grand monde! » Le célèbre vieillard aimait la plaisanterie; selon le prince de Ligne, « il riait d'une sottise imprévue, d'un misérable jeu de mots, et se permettait aussi quelques bêtises. S'il ne se prosterna pas devant le nouveau « tyran », lors de son retour à Paris, il lui fit du moins une cour discrète, et Mairobert, le 28 mars 1778, cite un de ses mots : « L'autre jour, écrit-il, Mme de la Villemenue, vieille coquette qui désire encore plaire, a voulu essayer ses charmes surannés sur le philosophe; elle s'est présentée à lui dans tout son étalage, et, prenant occasion de quelque phrase galante qu'il lui disait et de quelques regards qu'il jetait en même temps sur sa gorge fort découverte : « Comment, s'écria-t-elle. Monsieur de Voltaire, est-ce que vous songeriez encore à ces petits coquins là? » — « Petits coquins, reprend avec vivacité le malin vieillard, petits coquins! Madame, ce sont bien de grands pendards! »

[p.86] « Le marquis se plaisait à promener ses futures conquêtes dans les mystérieux labyrinthes des bosquets; une allée de lilas, propice aux brûlants aveux, les conduisait d'abord au petit lac, et, sur plusieurs bateaux formant flottille avec vaisseau amiral, elles découvraient de tendres devinettes. Plus loin, Bièvre utilisait un des jeux de mots prêtés naguère à l'abbé Quille : « Nous entrâmes, poursuit la duchesse d'Abrantès, dans une foret de sapins dont l'ombre mystérieuse avait engagé M. de Bièvre à en faire un lieu propre à tout ce que pouvait permettre une retraite aussi solitaire, et, dans un rond assez bien entouré de talus recouverts de gazon, dans lequel on avait semé une quantité de violettes et de pensées sauvages, on voyait six ifs plantés symétriquement. »
C'est là que le châtelain amenait ses jolies invitées, après maint assaut livré à leur vertu. « Madame, s'écriait-il, voici l'endroit décisif {des six ifs) » Si la belle s'irritait d'une pareille mise en demeure : « Qu'avez-vous donc compris? » répliquait Bièvre innocemment, « je vous ai fait admirer ces six beaux arbres verts. » Mais, dans ce cas, il savait se venger. Le temps était chaud; l'émotion donnait soif à Gélimène, et le calembouriste proposait de gagner la laiterie; on se dirigeait donc, par une large prairie ensoleillée, vers un poteau indicateur planté au loin...
Mme de Mon tesson ne manqua pas de conduire sa visiteuse en cet endroit du parc et de lui adresser la même offre : « Nous étions toutes fort altérées, conte la duchesse d'Abrantès; arrivées au bout de la prairie, nous ne vimes aucune maison, ni rien qui annonçât une habitation; rien que ce poteau au haut duquel était un grand carré blanc. Tout à coup, nous entendons une exclamation très énergique de la marquise de Coigny, s'adressant à Eugène de Beauharnais qui arrivait à l'instant, et qui se mit à rire comme un enfant qu'il était encore, en voyant le côté du poteau; nous y courûmes et il nous fut loisible de faire comme lui. Sur le blanc mat du poteau, se détachait en noir charbon une immense lettre majuscule, uni, c'était la « lettre I » de Bièvre! »

Comte Gabriel Mareschal de Bièvre [1866-1941], Le Marquis de Bièvre : sa vie, ses calembours, ses comédies 1747-1789

• Et parceque le sport sait aussi être divertissant... :

« Je vais vous raconter une anecdote qui eut pour cadre le Grand Prix de Forli, une course qui se disputait contre la montre. Jacques Anquetil et Ercole Baldini en étaient les deux favoris. Ils avaient beaucoup d'estime l'un pour l'autre. D'ailleurs, ce soir-là, ils dînaient ensemble avec moi et avec quelques proches. Je ne sais plus lequel des deux a commencé... En tout cas, il y en a un qui a dit : « Tu sais quoi ? Puisqu'on est les deux meilleurs, et qu'on est sûrs de faire un ou deux, on ne va pas s'user la santé. On va laisser tomber les amphet'. Demain, juste pour voir, on n'a qu'à tout faire à l'eau minérale... »
L'autre est d'accord. Ils partent se coucher. Le lendemain, parce que c'étaient tous deux des hommes de parole, ils font la course à l'eau minérale. Ils ont certes pris les deux premières places, mais ils ont souffert comme des damnés pour réaliser une moyenne horaire qui, au bout du compte, était inférieure d'un kilomètre et demi à leurs moyennes habituelles. « On ne recommencera jamais ! » m'ont-ils affirmé en descendant de vélo. »

« Louison Bobet, pour en revenir à lui, tenait à l'idée qu'un champion devait être toujours respectable. Il y tenait si fort qu'il en devenait maniéré. Raphaël Geminiani s'est souvent plu à me raconter une histoire qui, somme toute, lui ressemble assez bien. C'était chez Louise de Vilmorin, lors d'un dîner auquel assistait la femme de Rubirosa, un richissime play-boy qui faisait les beaux jours de la jet society. Louison avait gagné son troisième Tour ; il était au sommet de sa gloire ; il était surtout flatté d'entrer dans ce cercle artistique qui, c'est vrai, n'avait pas pour habitude d'accueillir des sportifs. J'ajoute, car la précision a son importance, que Louison venait de subir une douloureuse opération à la selle. Prévenante, la maîtresse de maison s'informe : « Alors, mon cher Louison, j'ai lu dans les journaux que vous sortiez de l'hôpital. Que vous est-il arrivé ? ».
Tout de suite, Louison devient blanc – enfin, je vous le raconte comme le raconte Raphaël, et vous allez voir, finalement, que c'est assez drôle. Louison est gêné. Il a été opéré juste sous les bourses, et il est persuadé qu'on ne doit pas parler de ces choses devant les dames, et surtout quand ces dames sont à table. Moyennant quoi, il tergiverse. Il cherche ses mots. Il essaie de faire "stylé", alors qu'il faudrait faire "direct". Toujours selon Raphaël, voilà ce que cela donne :
« Vous comprenez, ma chère Louise, que le sport cycliste est un sport difficile, ingrat, qui pousse les athlètes à affronter les périls de la route malgré la pluie et le vent. Ces athlètes, les cyclistes, font des efforts prodigieux, assis sur un petit morceau de cuir qui ma foi n'est pas toujours confortable. Il s'ajoute aussi, ma chère Louise, le fait qu'ils doivent pédaler. Et malgré la valeur, malgré le courage, l'ardeur de ces athlètes, il peut arriver que le corps souffre et que installés comme ils le sont sur des petits morceaux de cuir qui, vraiment, n'ont rien de confortable, il se peut, ma chère Louise, qu'ils se blessent, et que leurs poches soient blessées.
- Leurs poches ? fait l'épouse de Rubirosa qui ne voyait pas très bien ce que les poches de Bobet faisaient sur sa selle.
- Oui, les poches », reprend Louison qui ne veut toujours pas cracher le morceau. C'est à ce moment-là que Raphaël, qui commençait à s'ennuyer au bout de la table, aurait littéralement explosé : « Les couilles ! Zonzon. Les couilles, pas les poches ! Dis-leur que tu avais les couilles en sang ! »
Il y eut un petit silence. Puis la voix de la femme de Rubirosa s'est élevée, un peu canaille, pour s'enquérir comme il sied : « Alors, monsieur Bobet, ces couilles, comment vont-elles ? »
Voulez-vous que je vous dise : malgré ce qu'il peut y avoir d'exagération, tout Louison est dans cette histoire-là ! »

Christophe Penot, Pierre Chany : l'homme aux 50 Tours de France

• Et la musique... :

"It's easy to play any instrument: all you have to do is touch the right key at the right time and the instrument will play itself."
Johann Sebastian Bach

It's easy to play Bach: all you have to do is open the right program on the right computer and Bach will play itself.
Laibach

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